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Patinettes locatives

Auteurices : flupe, Lapinot
Date d'ajout : 05 Mai 2021
Modifié le : 09 Novembre 2021
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À propos de trotinettes

La voiture c’est vraiment dla merde, les bouchons dans la canicule avec la clim’ trop froide, le temps pour trouver une place, l’essence, on parle même pas du CO2, particules fines, villes et campagnes bitumées, nuisance sonores, sécurité. Ca s’est fait progressivement, mais maintenant tu vas en vacances avec BlaBlaCar et Flixbus, tu vas au taf et tu rentres de soirée en Lime; y t’es déjà arrivé quelques anecdotes marrantes d’ailleurs (à 2 et plus dessus ou bien ptite frayeur dans un virage sous la pluie un matin gris). T’as probablement tes habitudes dans les stations de métro. Ca arrive régulièrement de te faire livrer dla bouffe (Uber Eats, Just Eat) mais ils sont en vélos et ça vient des ptits restos du coin donc franchement ya pas à dire, ca a rien à voir avec les fermes qu’on voit dans les docu dégueulasses sur l’industrie agroalimentaire aux US. Tu payes même tes factures en ligne, ils disent que c’est dingue le papier inutile consommé par l’administratif.

BEGIN TODO À en croire la télé, les journaux “Prendre conscience de l’urgence climatique” je sais pas trop ce que ça veut dire. À en croire les gens particulièrement agaçants qui gesticulent fort dans l’actualité (éditorialistes de plateaux, grands journaux) ça veut dire d’être plus moderne, de payer ses factures en ligne plutôt que sur papier et de

et quand t’es en rush avec le frigo vide tu vas sur Deliveroo et un gars rapplique en vélo. En fait t’as pris conscience de l’urgence climatique et tu adaptes ton comportement en fonction. Puis c’est super pratique, agréable et rigolo ces nouveaux trucs. Si seulement on était plus à faire ça, le monde irait un peu mieux… à moins que? Il suffirait de quelques appli bien conçues pour faire de gros progrès? Est-ce qu’on aurait pas oublié un truc? END TODO

Nuage électronique en approche – la science dit non

Les trotinettes électriques et autres voitures, aspirateurs, bidules intelligents sont super efficaces, leurs moteurs ont des rendements toujours plus hauts: on arrête pas le progrès. Ce qu’on rappelle rarement, c’est que pour les produits “high-tech” l’électricité dépensée à l’usage (pour fonctionner) n’est qu’une partie ridicule de l’énergie investie dans la machine sur l’ensemble de sa durée de vie. Il est alors fallacieux de dire qu’un objet consomme peu d’énergie simplement en étudiant sa consommation à l’usage.

Dans le cas des trotinettes 50% de l’énergie totale est allouée à la production, 43% pour le transport vers et depuis le lieu de recharge (source: ref:1). Il reste alors 7% pour l’ensemble des charges de batterie montrant le peu d’effet qu’ont un moteur et une batterie efficace sur la consommation totale d’énergie. Il en resulte que les trotinnettes électriques ne sont que 2x moins gourmandes qu’une voiture, mais 2.5x fois plus gourmandes qu’un bus rempli, 5x plus qu’un vélo électrique personnel et 25x plus qu’un vélo “classique” (ref:1).

Pour la consommation énergétique il faut également étudier ce que ce nouveau mode de transport remplace. Lime affiche fièrement que 1/3 de ses utilisateurs auraient pris la voiture. Ce chiffre est validé et complété par ref:1 qui affirme que 49% auraient marché ou pédalé, 11% auraient pris le bus et 7% n’auraient pas fait le trajet. Donc 2/3 des utilisateurs auraient préféré des modes de transport moins gourmands. On vous laisse conclure.

Free falling

Présenté comme plus pratique pour tout le monde, le modèle du “free floating”, c’est-à-dire de véhicules libre-service que l’on peut laisser n’importe où dans l’espace public a de serieux inconvénient pour tout le monde (sauf peut-être les entreprises). Tout d’abord les boites se dédouanent de la gestion de la de leurs objets dans l’espace public: elles placent entièrement sur l’utilisateur la responsabilité de trouver un endroit où déposer sa trotinette et ne l’aident en rien. Si certaines boites payent des taxes spécifiques dans certaines villes, ces contrats sont souvent opaques, parfois absents et toujours à l’initiative des villes qui les y contraignent. À l’inverse, des bornes type velov évitent d’externaliser socialement ces coûts de gestion qui sont quasi systématiquement sous-évalués. De plus, cette obligation d’investissement relativement lourd dans l’aménagement local apporte une stabilité économique à l’entreprise dont les investisseurs se retrouvent dans l’impossibilité de retirer leurs billes instantanement

Ce qu’il faut comprendre, c’est que le modèle du “free floating” découle d’une politique générale d’engagement minimal des boites dans une économie locale et matérielle; il s’agit d’un modèle ayant pour but de maximiser la liquidité des investissements, à savoir la capacité qu’on a à les échanger sur un marché financier. Nick Srnicek dans “Plateform Capitalism” ref:5 les décrit comme des “lean plateform” (plateforme maigre), du même type que Uber, Deliveroo, Airbnb, Netflix, etc qui visent à ne posséder que les données utilisateurs et la propriété intellectuelle de leurs software (pas même de datacenter, elles le louent à une plateforme tierce comme amazon ou microsoft).

Comme compagnons habituels de ces plateformes on retrouve toujours les fameux “travailleurs indépendents”, terme beaucoup moins sexy quand on comprend qu’il s’agit simplement d’un travail instable payé à la tâche. Bien loin d’être une invention nouvelle, ce modèle est directement dérivé des journaliers, manouvrier, pigistes ou encore travailleurs en intérim, la caractéristique commune étant le caractère transient et variables des contrats: La paye sera déterminée par le nombre de kilo de fruits récoltés, le nombre de trotinnettes rechargées ou le nombre de camions déchargés. Ce type de statut n’est clairement pas à l’avantage du travailleur, jugement que l’on peut renforcer en observant que la population qui rempli les rangs est une des plus faible socialement: des jeunes adultes pour lesquels le nom ou le lieu d’habitation sont des obstacles rendant hasardeux l’entrée dans le travail salarié conventionnel et plus favorable (ref:6).

De manière un peu plus abstraite, contrairement au salariat, dont l’idée est de rémunérer le travailleur proportionnellement à l’effort que lui coûte son travail, le travail à la tâche est remunéré proportionnellement au bénéfice qu’il apporte à l’entreprise – schématiquement, il est rémunéré d’un pourcentage sur les bénéfices. Le caractère humain et individuel du travailleur est alors effacé et il devient pour la comptabilité de l’entreprise un ingrédient de fabrication au même titre que l’énergie ou la matière première. Dans cette position il devient impossible d’accéder à une négotiation intéressante, tout individu demandant plus d’avantage étant simplement éliminé au profit d’un autre

Le travailleur à la tâche n’étant jamais considéré individuellement par l’entreprise mais toujours comme une masse, comme une ressource primaire, on lui nie l’existance d’intérêts propres:

Il n’est pas difficile de voir que ce type de statut n’a aucun intérêt pour le travailleur – jamais considéré individuellement mais toujours en masse comme variable d’ajustement liquide – sinon celui de survivre avec un peu d’argent lorsqu’il se trouve acculé dans l’impossibilité de décrocher un autre contrat (pour cause de discriminations en tout genre: jeune, habitant de banlieue, … ref:6). La paye à la tâche à ceci de pervers qu’il rémunère le travailleur proportionnellement au bénéfice qu’il aura produit pour l’employeur et non pas proportionnellement à l’effort déployé par le travailleur. L’employeur force donc ses employés à renier leurs intérêts propres et à s’aligner sur ses intérêts à lui. Cette négation de l’existence même des travailleurs en temps qu’entités indépendentes rend impossible toute lutte

Aller plus loin: Consommation d’énergie et efficacité

Plus haut nous disions que la consommation d’énergie de produits high-tech est dominée par leur production et leur retraitement. Le mot-clef pour obtenir ce genre d’études est “life-cycle energy analysis” (LCEA). Un exemple qui s’intéresse aux ordinateurs ref:2 parle de 81% d’énergie dépensée à la production et 19% à l’usage. De manière générale, l’efficacité énergétique (energy efficiency) est un très mauvais indicateur d’une quelconque qualité pour l’environnement. Low Tech Magazine revient sur cette question en détail dans “Ébloui par l’efficacité énergétique” (ref:3, une vulgarisation de ref:4). L’augmentation de l’efficacité d’une technologie est très corrélée à la large diffusion de son usage, c’est le paradoxe de Jevons. En même temps que l’avènement du chauffage central on observe par exemple l’augmentation de la température des maisons et au chauffage de pièces autres que le salon; l’augmentation de l’efficacité des moteurs de voiture s’accompagne par un allourdissement tendanciel du poids des véhicules et l’augmentation de la puissance des moteurs. Il paraît alors nécessaire non pas de favoriser de “meilleurs services” consommant autant d’énergie mais des services minimaux consommant le moins possible d’énergie. Est également exploré le lien entre cet effet pervers et l’usage de mesures relatives et non absolues.

Aller plus loin: Qui sont derrière ces compagnies?

todo: structures financières, choper les chiffres d’investisseurs (apparemment surtout les bigtech, google, uber (qui est surtout google)). Éplucher des confs pour les investisseurs où les responsables financiers parlent.

ref: https://v1.li.me/second-street/lime-smart-mobility-backed-by-gv-uber (GV = google ventures)

Revue de presse

https://v1.li.me/second-street/lime-announces-540k-lbs-co2-saved-first-three-months-2018 https://v1.li.me/second-street/new-report-examines-sustainability-impact-e-scooters-paris

  • ref:1 “Are e-scooters polluters? The environmental impacts of shared dockless electric scooters”, Joseph Hollingsworth et al. Paru dans Environ. Res. Lett. 14, 2019. online
  • ref:2 “Energy Intensity of Computer Manufacturing: Hybrid Assessment Combining Process and Economic Input-Output Methods”, Eric Williams. Paru dans Environ. Sci. Technol. 38, 2004. online
  • ref:3 “Bedazzled by Energy Efficiency”, Kris De Decker. Paru en ligne, 2018. online
  • ref:4 “What is wrong with energy efficiency?”, Elizabeth Shove. Paru dans Building Research & Information, 46:7, 2018. online
  • ref:5 “Plateform Capitalism”, Nick Srnicek. Paru chez Polity Press, 2017.
  • ref:6 “En banlieue, autoentrepreneur faute de mieux”, “Une échappatoire aux discriminations”, Hacène Belmessous. Paru dans Le Monde Diplomatique, 2017. online